texte pour un manifeste

Manifeste

Pour un processus d’émancipation sociale révolutionnaire

Camarades,


Depuis le mois de juin, plusieurs militants et sympathisants du NPA ont tenté de préciser  collectivement (par mail et par le forum national) quelques pistes. 

Ce projet de Manifeste se veut une contribution au processus constituant du N.P.A.

Dans sa forme actuelle, il est aussi un appel à des débats, à des précisions, à des compléments et à des améliorations.


Pour les auteurs,

Jean-Frédéric BAETA (NPA 37) 

(Projet)

1- Préambule 

Les luttes pour l'émancipation et la liberté ont dans l'histoire et à travers le monde, pris des formes multiples et variées. Nous sommes les témoins présents de cette histoire passée. Aujourd’hui, les impérialismes, l’économie capitaliste mondialisée, l’accélération des destructions dues au productivisme, la mise en concurrence des travailleurs exigent plus que jamais le rassemblement des forces sociales et écologiques pour un réel progrès humain, pour une nouvelle organisation commune d'une économie socialisée, où la conscience et la justice seront mis au coeur des préoccupations de la nouvelle société du 21è siècle.

Si nous sommes les héritiers de ces luttes d’émancipation, nous sommes aussi conscients d’être les "receleurs" des richesses dérobées aux pays pauvres. Nous savons que la "civilisation" capitaliste dans les pays occidentaux est établie sur le vol de ces richesses. Si nous sommes les héritiers de cette histoire, nous sommes aussi en charge de faire vivre cet héritage pour les luttes à mener aujourd’hui et pour les générations à venir. Nous devons construire ensemble notre futur. Nous refusons la fatalité, la résignation et le désespoir.

2 - Nécessité d’un rassemblement, urgence des luttes à mener

L’accélération des crises et des destructions provoquées par le capitalisme, la mise en concurrence économique des peuples, la mise en concurrence des travailleurs exigent plus que jamais  le rassemblement des forces de progrès, écologiques et sociales pour un nouveau socialisme du XXIème siècle. Le capitalisme a d'autre part trouvé des appuis décisifs dans de nombreux partis et organisations qui se proposent aujourd’hui de l’accompagner dans sa gestion catastrophique du monde. Nous refusons cette démarche de recherche du « moindre mal » et des compromis qui, de fait, valide le système dans ses conséquences les plus graves. Chacun, quelles que soient ses origines ou ses convictions, doit pouvoir trouver sa place dans le N.P.A.. Nous appelons à construire ensemble des bases nouvelles pour nous engager dans les luttes et pour mettre à bas et dépasser ensemble ce système qui ne vise que la protection des nantis, l’accumulation toujours plus scandaleuse des profits financiers et qui provoque la misère et la guerre. 

Par ce Manifeste, nous appelons à un rassemblement le plus large possible qui fera date dans l'histoire, pour agir et organiser les luttes d’aujourd’hui et de demain contre ce système capitaliste dont l’irresponsabilité, l'inconscience, l’absence totale de perspectives en matière d’intérêt général est à l’origine des désastres humains, sociaux et écologiques que nous connaissons. Nous mettons en commun toutes nos forces et toutes nos ressources pour penser et organiser une décroissance réfléchie démocratiquement. Dès à présent, localement, nationalement et également au plan international, nous nous mobilisons pour prendre toute notre place dans l’organisation et l’unification des fronts anticapitalistes. 

Nous agirons et nous informerons dans les luttes contre la misère et la pauvreté. Nous dénoncerons toutes les formes d’oppressions hiérarchiques, misogynes, homophobes, racistes, xénophobes, idéologiques ou religieuses.

Nous unirons nos luttes pour que soient garantis et étendus les services publics ainsi que les droits communs comme le droit inaliénable de tous d'accès à la terre, à l'eau et à l'air. La terre et ses ressources élémentaires appartiennent à ceux, qui collectivement la travaillent, en dépendent pour vivre, la respectent et la préservent dans leurs usages.  

Les scandaleux profits des actionnaires du Capital et des banques doivent être révélés, dénoncés puis à terme, interdits au profit d’une instance publique bancaire démocratique et socialisée. 

Dans ces luttes, nous clarifierons nos perspectives sociales pas à pas. Nous lutterons pour que les « pays riches » renoncent à l’exigence du remboursement illégitime des dettes de pays qu’ils n’ont eu de cesse de piller. 

3 - Démocratie et socialisation des fruits du travail

Il ne s’agit pas pour nous simplement de répartir ces « richesses » plus équitablement, mais de mettre en place la voie de la socialisation des fruits du travail. La norme de la croissance économique est inacceptable. Nous pensons que c'est la raison sensible qui doit être le critère de toute organisation sociale de l'économie afin de donner la priorité aux besoins sociaux (en particulier accès aux soins, à l’éducation, à la formation, à la culture, aux loisirs, au logement, aux transports ), et non au profit.

Nous prendrons toute notre place au sein des processus démocratiques existants et dans ceux que nous nous engageons à susciter pour favoriser l'émergence d'une démocratie s'organisant autour de conseils de travailleurs (techniciens, artistes, scientifiques, littéraires) et de citoyens  où chacun-e pourra trouver sa place pendant toute la durée du processus d’émancipation sociale révolutionnaire. 

Nous chercherons à promouvoir avec toutes les autres forces qui y seront disposées, un programme offensif social et écologique porteur des intérêts de toute la population, et non plus des intérêts d'une seule minorité de privilégiés, de banquiers, d’actionnaires et de financiers.

Nous croyons que c'est la politique, c'est-à-dire la démocratie directe qui doit être mise au poste de commandement à tous les niveaux de la société et non l'économique.  Nous affirmons que la démocratie des travailleurs et des citoyens est la seule autorité légitime, placée au dessus du pouvoir économique, dans le cadre de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme et du Citoyen. Notre visée est que l'Histoire soit un jour autre chose que l’histoire de la lutte des classes. 

Nous nous engageons à inventer et à promouvoir toutes les pratiques alternatives réellement démocratiques, solidaires, collectives dans les entreprises, les transports, les télécommunications et tout le commerce en général. Nous nous engageons à accompagner toutes les formes populaires d’auto-organisation et d'autogestion sociale. 

Dans des contextes sociaux et politiques très variés, l’histoire des luttes d’émancipation montre les très importantes capacités d’invention des collectifs militants en matière d’organisation populaire et citoyenne vivantes ou d’autogestion. (Commune de Paris en France, Comités, conseils, coopératives en Russie, Communes autogérées de la république en Espagne, Yougoslavie, Algérie, Pouvoirs populaires et cordons industriels au Chili, et initiatives plus actuelles en Amérique latine et en Afrique). 

Ces expériences de démocratie sociale accompagnent chacun des mouvements d’extension des conquêtes sociales et/ou de socialisation de la propriété. Elles ont eu, dans les processus engagés, à régulièrement affronter en leur sein même la difficile question des alliances et des compromis (dont on sait les dangers à moyen terme) et celles de la radicalisation de la lutte de classe (dont on voit aussi régulièrement les limites pratiques). La question de la démocratie directe qu’il nous revient à nouveau d’ inventer ne doit pas méconnaître ou banaliser aujourd’hui ce type de conflit interne aux mouvements d’émancipation et ses conséquences pour la suite du processus. Plutôt que de laisser jouer une fois de plus les uns contre les autres, et d’installer les antagonismes stériles et paralysants, la démocratie directe doit pouvoir faire travailler de manière féconde ces deux dimensions complémentaires mais non contradictoires de l’action et de la stratégie révolutionnaire. 


4- En finir avec l’économie capitaliste et la « civilisation » capitaliste.

Par ses prétentions aberrantes de croissance économique infinie dans un monde aux ressources limitées, le capitalisme mondialisé poursuit sa destruction de notre pouvoir élémentaire de vivre sur la planète. Les citoyens refusent cette destruction inexorable de l’humanité. Les exploitations du travail, le mépris de la jeunesse et des femmes, les esclavages de toutes sortes, la destruction des emplois et les "délocalisations", les tentatives pour briser les solidarités et la précarisation généralisée ont pour objectif de nous réduire à la survie. Le système capitaliste veut faire de nous des automates de la consommation pour nous soumettre à la domination des marchandises, tout en organisant dans le même temps la famine sur les autres continents et en provocant partout la misère.

Les liens entre nos modes de production, de transport, de circulation et les facteurs clés responsables de cette mort du vivant et les coups portés aux forces productives sont devenus trop flagrants pour n’être pas intégrés dans nos perspectives et dans nos campagnes politiques. Nous refusons et nous nous opposons aux oppressions actuelles et programmées des travailleurs mais aussi plus largement à la destruction de l'humanité, de la nature et de sa biodiversité.

Au-delà de la nécessaire critique du modèle économique capitaliste, c’est aussi une critique du système et de la civilisation capitaliste qu’il est aujourd’hui nécessaire de développer. La nécessité de dépasser les productivismes et les industrialisations (dans la production de biens, de services, les agricultures, la pêche, la conception et la distribution des biens de  consommation), est un axe central de nos principes. La prise en charge des questions climatiques et écologiques dans les initiatives pour un processus d’émancipation révolutionnaire anticapitaliste, quoiqu’on en dise, ne va pas de soi. Les "négationnistes", liés par des intérêts particuliers, sectoriels ou idéologiques consacrent beaucoup d’énergie à nier en particulier les désordres climatiques, leur importance et leurs conséquences manifestes, en particulier sur les populations pauvres les plus exposées aux violences du système capitaliste. 

Par ailleurs, chaque Parti, qu’il soit de gauche ou de droite, prétend désormais faire une place à cette dimension de l’écologie, mais sans l’articuler à la critique du capitalisme comme tel. L’espèce humaine, en tant qu’elle est la seule espèce à pouvoir faire le choix d’infléchir le cours des choses, doit veiller à la protection de la biosphère et de la planète en général. Notre planète est en quelque sorte vivante et généreuse et il est d’autant plus inacceptable que des êtres humains meurent de faim, de soif, de misère. L’humanité est en effet responsable d’elle-même. Les initiatives pour un processus d’émancipation révolutionnaire anticapitaliste de tous les peuples ne peuvent plus se cacher, à quelque niveau que ce soit, derrière une compréhension incomplète de la variété des menaces et des violences que le stade actuel du capitalisme fait peser sur les travailleurs, les citoyens et sur la planète en général. Devant la menace que font porter sur les travailleurs et les sociétés les dérèglements climatiques, l’aveuglement, la négligence, voire un certain « négationnisme » sont au sein de ces initiatives le pire des dangers. 

5- Croissance économique, décroissance de la production et de la consommation. Les énergies et les dérèglements climatiques.

La situation climatique et écologique engendrée par le capitalisme productiviste exige une transformation profonde et radicale des rapports entre les hommes et la fin de l'exploitation capitaliste ou inconsidérées "des ressources" naturelles. 

Il s‘agit  de veiller à ce que les sociétés humaines puissent prendre place DANS la nature. L'idée même de domination doit définitivement céder le pas pour une nouvelle approche écologique des « territoires » et des milieux."  Le monde capitaliste est structurellement inégalitaire et la multiplication des crises capitalistes provoque toujours plus d’inégalités

Les conditions de travail et de vie pour les travailleurs, les pauvres les chômeurs et les précaires vont s’aggraver. 

La décroissance se doit d’abord d’être une décroissance des inégalités.  Les objecteurs de croissance attirent positivement l’attention sur des aspects essentiels de la surproduction capitaliste, des comportements collectifs, ils appellent à la décroissance du transport des marchandises et à une relocalisation de la production et de la consommation. Cette veille à laquelle nous devons nous associer, est d’autant plus importante que les institutions européennes, internationales ou mondiales en charge de la gestion du système capitaliste sont indifférentes à ces questions. On sait que l’intérêt global (européen ou planétaire) sur le moyen ou le long terme peut être contradictoire avec des intérêts nationaux ou locaux, qui, en général, sont limités par des perspectives plus étroites de gestions, de recherche de résultats, de profits, ou d’avantages à très court terme. 

A ce titre, une réappropriation par les citoyens des moyens de communication (médias, télévision, Internet) est une des conditions nécessaires pour rééquilibrer le rapport de force face à l’offensive de la propagande capitaliste.

Aussi, le N.P.A. n’a pas vocation comme le font les gestionnaires de l’économie, de la politique et de l’opinion à réduire toute son attention à la « gestion » du court terme. Nous convenons au contraire qu’il y a lieu de concilier sans équivoque les intérêts à court terme des travailleurs et des citoyens et ceux, à moyen terme, concernant les dérèglements climatiques et les menaces de nature écologique. L’opportunité de la création du NPA va avec l’obligation nouvelle d’être attentif au moyen et au long terme, tout en restant plus que jamais engagés aux côtés d’autres forces démocratiques dans la lutte et à la défense des intérêts des travailleurs, ravagés en permanence par les attaques du capitalisme. 

En ce qui concerne le domaine des énergies, nous sommes favorable à la création d'un service public européen des énergies renouvelables respectueuses des milieux. Ces énergies doivent être clairement identifiées et envisagées démocratiquement, chacune dans leurs conséquences sociales, écologiques et humaines dans les régions. Les énergies doivent être produites au plus près des populations concernées et inscrites dans une maîtrise des besoins, des usages et de la consommation des énergies. La maîtrise des usages en matière d’isolement est bien sûr essentielle. Les nouveaux modes de production, dégagés des contraintes de la compétition capitaliste doivent permettre d’échapper à la spirale aberrante du toujours plus d’énergie.

L’établissement systématique d’écobilans pour tous les produits (agricoles ou manufacturés) permettra de quantifier les volumes d’énergie nécessaires à leur fabrication en incluant les transports, leur destruction ou leur recyclage en fin de vie.  Sera indiqué également pour tous les produits commercialisés l'« énergie nécessaire » correspondant à la différence des prix entre produits équivalents. 

En ce qui concerne le calendrier pour une sortie progressive du nucléaire, et compte tenu des risques particuliers afférents à cette source d’énergie, un débat démocratique doit être mené avec les associations, les scientifiques, et les citoyens, de sorte à définir un calendrier acceptable.

6 - Affirmation des droits et les devoirs du citoyen à :

0.    Exercer une activité professionnelle dans des conditions dignes et stables

Etre justement rétribué pour son travail ou sa contribution, pour vivre bien. (instauration d’un revenu minimum et d’un revenu maximum pour faire décroître les inégalités.)

Avoir un logement et permettre aux autres citoyens d'en avoir un, dans des habitats à taille humaine

Avoir une nourriture suffisante, saine et diversifiée accessible par des petits marchés (le démantèlement progressif de la grande distribution au profit de petits marchés est indispensable).et décider démocratiquement, du raccourcissement des circuits de circulation et de distribution des marchandises.

Recevoir une éducation gratuite et libre de toutes obédiences.

Respecter et protéger le principe de laïcité, de liberté de penser et de libre arbitre en collectivité.

Par ailleurs, le NPA est favorable à un service public de la recherche qui doit pouvoir travailler en lien avec les citoyens et sans recourir aux mécénats. Il s'oppose fermement à toutes les brevetabilités privées, à toutes les privatisations du vivant et de la mort. Le NPA, favorable à la recherche fondamentale sur les O.G.M., s'oppose en revanche à toute production d'O.G.M.,  autre que confinée. Il exige que  la contamination éventuelle des semences traditionnelles par des semences OGM, que cette contamination soit ou non volontaire, soit considérée, non pas comme un simple acte délictueux passible d’amendes, mais comme un acte criminel. Le NPA est favorable à la création d’un véritable service public de la santé au travail.

7 - Vivre bien

Nous nous situons aujourd’hui dans le fil de ce que déclarait un ministre d’Evo Morales, Président de la Bolivie, dans une rencontre avec des militants :

« Nous, au fond, ce que l’on veut, ce n’est pas vivre mieux. Parce que vivre mieux, on le fait toujours aux dépens des autres. Nous, ce que l’on veut, c’est évidemment arrêter de survivre parce que cela, on a déjà donné. Ce que l’on veut, c’est simplement vivre bien ! ».

« Vivre bien ! ajoute Olivier Besancenot, Et vivre bien, c’est quand le droit à l’existence est prioritaire sur le profit. Vivre bien, c’est avoir du temps, ne pas perdre sa vie à la gagner : avoir du temps pour soi, pour ses proches pour son entourage, pour créer, pour avoir accès aux connaissances, pour voyager. Vivre bien, c’est aussi vivre en harmonie avec son environnement,  arrêter de verser des larmes de crocodile et prendre des mesures concrètes, parce que si l’on veut vraiment être écologiste et vivre en harmonie avec l’environnement, alors il faut tirer les constats de ce qui ne fonctionne pas. Le modèle de développement économique actuel est un système où le capitalisme, à chaque fois qu’il touche une parcelle de notre environnement, il n’en fait pas seulement une marchandise, il la détruit."

Jean-Frédric BAETA (NPA 37), Jaèn BOYER (NPA 38), Michel BACHMEYER (NPA 67), Sébastien SEGOUFFIN (NPA31), François CARTON (NPA15)




 

 



 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus