Quelques réflexions et autres aspects du fonctionnement
Introduction
Le texte de Claude est fort intéressant et la démonstration est claire. Cependant je doute qu’il réponde à tous les interrogations pour la construction d’un nouveau parti. Je pense que d’autres contributions individuelles ou collectives alimentent le débat.il faut introduire d’autres questionnements afin de comprendre les enjeux de ce parti inédit.
Parti et syndicat
Claude confronte la structuration des exploité-es sur deux modes organisationels majeurs du mouvement ouvrier : le syndicalisme et le politique. Ils sont incontournables car ce sont les outils essentiels qui se confrontent directement au capitalisme et ses défenseurs sur le terrain de la lutte des classes.
Le syndicat sur le terrain économique et social, le Parti sur le terrain social et politique. Même si nous avons l’habitude de dire que tout est politique, la division de l’action n’est pas évidente pour tout le monde et les Partis réformistes ont joué des rôles différents somme toute troublants : indépendance totale aux syndicats (sic) pour les sociaux-démocrates en France, courroie de transmission pour le PC.
Nous ne voulons ni l’un ni l’autre.
Le mouvement des exploité-es s’est organisé dans bien d’autres organisations : L’éducation populaire, les associations organisées selon la loi 1901 sur de multiples thématiques (écologique, sportive, culturelle, animation enfance…) et certains ont voulu s’émanciper du joug idéologique stalinien et socio-démocrate. Ces structures ont été des hauts lieux de l’édification de la culture ouvrière et populaire. Je pense à Peuple et Culture par exemple, les CEMEA, les Francas… Je pense à l’expérience des comité d’entreprise…
Ce n’est pas pour cela que ces organisations ont construit des fonctionnements démocratiques. Il y a des tendances intrinsèques à la bureaucratisation des « organisations », qu’une volonté d’un fonctionnement hautement démocratique ne suffit pas à contrecarrer. J’oserai dire que nous ne sommes pas égaux devant l’exercice de la démocratie et c’est un véritable problème dans la construction d’une organisation.
La connaissance et la maitrise des références communes
Nous constatons que le Nouveau parti rassemble des acteurs de culture et d’horizons variés. De personnes très « politisées » à des acteurs vierges de tout engagement. Un certain nombre font leur première expérience d’appartenance à un parti. Syndicalistes d’appartenance diverse, libertaires, trotskistes, altermondialistes, bovéistes, associatifs, féministes, écologistes, communistes du PC, socialistes « de gauche », réformistes de gauche et d’extrême gauche, Fraction de LO, et personnes sans références particulières sont les horizons que drainent actuellement le nouveau parti. Sur la Touraine, cette liste est plus limitée.
Souvent nous avons fait le constat que l’ensemble de ces acteurs ne voulaient pas militer dans un parti où les formes de pensée sont préconstruites, souvent considérées comme dogmatiques et étouffantes. Il apparaît nécessaire de construire un parti qui les écoute les miltant-es et les considère dans leur singularité militante. Nous en sommes venus à abandonner la notion de dictature du prolétariat et de rediscuter le centralisme démocratique. Claude nous propose une organisation centralisée et démocratique. Bien sûr ces deux concepts sont incontournables dans la construction efficace pour la lutte contre la bourgeoisie. Nous ne pourrons en faire l’économie Deux siècles de luttes contre le capital n’ont pas permis de l’abattre et il faudra bine que les travailleurs soient encore mieux organisés pour en finir avec la logique des profit et construire une autre société. Les expériences des luttes écologistes, thème si important dans la période, n’ont pas cette histoire. Nous ne pouvons pas penser la lutte écologiste comme une lutte ouvrière classique. Je dirais de même pour le féminisme, l’anti-racisme et l’anti-fascisme…
Les militants de la LCR ont une expérience, une culture qui doit se conjuguer avec les nouveaux militants.
L’expérience personnelle
Les militants d’une organisation politique intègrent deux dimensions dans leur investissement et leur attachement à une organisation politique : la compréhension du cadre théorique de l’organisation et le vécu concret et pragmatique de sa mise en œuvre. C’est la praxis.
Les militants de la LCR sont attachés aux débats qui ont traversés le mouvement ouvrier (idéologique, stratégique, organisationnel), ce n’est peut être pas le cas pour tout le monde.
Chacun-e arrive et veut, désire, s’associe pour la construction d’une nouvelle organisation politique. Si pour certains c’est un retour à l’activité militante, pour d’autres c’est un pas qu’ils franchisent. La difficulté sera d’intégrer ces cheminements divers pour construire des nouvelles références politiques et de nouvelles pratiques. Les questionnements seront multiples et sûrement désordonnés. Ceci impliquent de la part de tous et toutes de revisiter une partie de son héritage et de construire des pratiques intégratives.
Nous nous référons toujours à notre propre expérience et nous pensons souvent qu’elle est la bonne. Or une expérience sans confrontation, ni théorie, ne produit que peu de chose. Il faut que ce parti soit l’œuvre de tous ceux et celles qui s’y engagent. Certes je ne règle pas tout lorsque je dis cela car l’attachement des militants de la LCR à la Quatrième Internationale me semble très important.
Le débat « territoire ou secteur » pose évidement la question de la construction sur la base d’une intervention politique. Je pense que nous devons mener tranquillement le débat et faire en sorte de ne pas opposer ces deux notions. Dans un premier temps et peut être pour un certain temps, il nous faudra conjuguer les deux et ne pas les opposer. Pour certains camarades, ils sont très soucieux de ne pas mélanger l’intervention syndicale et politique. Leur méfiance tient surtout à ne pas reproduire les modèles du PC et même de LO. Cela est légitime. Néanmoins, à terme, je pense que nous aurons aussi à organiser le Parti là où ça fait mal au Capital, c’est-à-dire sur les lieux de travail. En cela je rejoins les logiques de Claude.
Le fonctionnement
Dans un premier temps, je propose toujours que nous décidions de la mise en place d’une « Association pour la création d’un nouveau parti ». Cela permettrait de :
Créer un sentiment partagé de construire ensemble
Renforcer l’identité NPA et son processus en cours
Décider de règles de fonctionnement démocratique et de définition des pouvoirs
Organiser un système financier
Permettre de donner une existence légale bien que transitoire à cette organisation en devenir pour faciliter l’accès aux salles et autres
Nous pourrons par la suite décider de sa dissolution ou de son maintien sous forme d’association de formation.
Les comités de bases
Les comités de base se réunissent soit un territoire, soit une intervention d’entreprise. Ils seront composés d’environ 15 militant-es. Ils se réunissent en fonction du rythme qu’ils décident mais au moins une fois par mois. Chaque militant-e est rattaché à un seul comité de base. Chaque comité élit un secrétariat d’animation et en son sein un trésorier. Le secrétariat d’animation prépare chaque réunion du comité et rend compte des débats et décisions du Comité départemental. Deux membres de chaque comité sont élus au comité d’initiative départemental à chaque réunion du comité. Ceci implique qu’il peut y avoir un roulement. Chaque comité a une autonomie d’expression. Chaque militant verse une « cotisation » dont le montant reste à définir. (ex : lycéens, étudiants, précaires, chômeurs : 5€ ; salariés : 15€ ; il peut y avoir des cotisations plus importantes sous forme de soutien)
Le comité d’initiative départemental
Le comité départemental réunit au minimum les deux représentants de chaque comité (douze membres actuellement) une fois par semaine. Chaque représentant a une voix s’il y a nécessité de voter. Il anime l’activité centrale des comités. Il coordonne les activités des comités. Il s’exprime publiquement au nom de tous les comités. Il met en place un collectif « communication et médias ». Il mutualisera les aspects techniques des comités.
Un ou deux des membres participeront au comité national d’animation suite au 28 et 29 juin.
Il élira les porte-paroles du nouveau parti en cours de construction avec parité homme-femme.
Il assure la coordination financière.
Le CID élit un secrétariat d’animation. Il met en place régulièrement des commissions thématiques : intervention syndicale, féminisme, écologie,… qui sont ouvertes à tous les militant-es intéressés.
Il met en place un groupe chargé de la formation.
Il organisera des assemblées générales départementales pour accompagner les processus en cours.
Cette organisation est valable jusqu’au congrès fondateur du nouveau parti.
Les qualités à manier le verbe et l’écrit
Nombre de nouveaux acteurs découvrent les enjeux de cette construction. Ils n’ont pas en tête les débats que les militants de la LCR manient depuis plusieurs années en vue de la construction d’une nouvelle force. Le débat est donc très inégal, complexe mais porteur d’espoir. Cela implique que le collectif LCR favorise et facilite les questionnements et l’intégration de nouvelles visions. La tradition de débats de la LCR a un caractère très particulier que nous ne trouvons dans aucune autre organisation réformiste ou révolutionnaire (droit de tendance, liberté de parole…). Mais nous souhaitons les changer, et passer de la tradition à l’innovation.
Les militants de la LCR ne doivent pas imposer les débats. Ils doivent aider à l’émergence de nouvelles pratiques et faire advenir de nouvelles références politiques tout en discutant leurs acquis historiques. S’ils ont l’habitude aux maniements du verbe et de l’écrit trotskiste, nous devons être attentifs à intégrer les nouveaux discours. Ce ne sera pas facile. Nous voulons construire avec des militant-es aux cultures multiples.
Mais cette attention doit, de fait, être une attitude à l’ensemble des personnes qui s’engagent dans le NPA. La parole de tous et toutes doit être entendue, il n’y a pas de bonnes questions et donc de mauvaises. Si une attention particulière doit guider notre fonctionnement démocratique collectif, les comportements individuels sont tout aussi importants. Le mode de décision, le temps de parole, les mandats doivent être clairs et contrôler par tous et toutes.
Paskal
Militant LCR
Tendance Unir